Café Ouganda Bugisu : mille producteurs au pied du mont Elgon

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En 1997, dans un village au pied du mont Elgon, des cultivateurs se regroupent avec une idée simple : vivre mieux de leur café. Ils sont aujourd'hui plus de mille. Voici l'association BOFA, et le café qui descend de ces pentes.

Il y a des cafés qu'on choisit pour un nom de ferme. Celui-ci n'en a pas. Il a un village.

Bufumbo, 1997

Le village s'appelle Bufumbo, dans le district de Mbale, tout à l'est de l'Ouganda, là où la terre commence à monter vers le mont Elgon. En 1997, des cultivateurs du coin s'y regroupent sous un nom qui dit exactement ce qu'ils veulent faire : la Bufumbo Organic Farmers Association, que tout le monde appelle BOFA. L'objectif tient en une phrase, et elle n'a pas changé depuis : améliorer la vie des gens de Bufumbo.

Productrice de café de l'association BOFA à Bufumbo, Ouganda, avec sa récolte de cerises
Une productrice de Bufumbo et sa récolte du jour. Ici, la cueillette se fait cerise par cerise.

Ils sont aujourd'hui plus de mille petits producteurs.

Petits, au sens propre. Pas des domaines : des parcelles familiales accrochées à la montagne, où le café pousse entre les bananiers et les arbres d'ombrage, et où la récolte se fait à la main, cerise après cerise, en repassant plusieurs fois sur le même arbre parce que tout ne mûrit jamais en même temps. Un caféier ne donne pas sa récolte d'un coup.

Ce qu'une association fait quand elle fait bien son travail

BOFA collecte le café de ses membres, le fait traiter, le vend. Si ça s'arrêtait là, ce serait un intermédiaire de plus.

Ça ne s'arrête pas là.

L'association a monté une coopérative d'épargne et de crédit pour que ses producteurs puissent financer leur campagne sans dépendre de qui voudra bien leur avancer de l'argent. Elle tient une pépinière et distribue les plants à ses membres, ce qui veut dire concrètement qu'un caféiculteur peut renouveler ses arbres sans avoir à les acheter. Elle fabrique des briquettes de combustible à partir des déchets de la production. Elle fait même passer, dans les réunions, des messages de prévention sanitaire qui n'ont rien à voir avec le café mais beaucoup à voir avec la vie du village.

Dépulpage des cerises de café à Bufumbo, district de Mbale, Ouganda
Le dépulpage, juste après la récolte. Chaque famille apporte ses cerises.

Rien de spectaculaire là-dedans. Mais une filière tient à ça, et pas aux discours.

Le plus vieux volcan d'Afrique de l'Est

Le mont Elgon se dresse sur la frontière avec le Kenya, et c'est un ancien. Le plus vieux volcan d'Afrique de l'Est, éteint depuis longtemps, dont il reste une montagne énorme aux flancs très larges. Les caféiers de la région, qu'on appelle le Bugisu, poussent sur ses pentes ouest, entre 1 300 et 2 200 mètres, sur des sols volcaniques profonds et une pluviométrie généreuse.

Caféiers cultivés sous ombrage sur les pentes du mont Elgon, Ouganda
Le café pousse entre les bananiers et les arbres d'ombrage, sur les pentes du mont Elgon.

Notre lot vient de 1 700 mètres. À cette altitude les nuits sont fraîches, le fruit mûrit lentement, et le grain a le temps de fabriquer ses sucres avant d'être cueilli. C'est tout ce qu'on lui demande.

Une variété née dans un laboratoire kényan

La variété s'appelle SL14. Les deux lettres viennent des Scott Agricultural Laboratories, au Kenya, où elle a été sélectionnée entre 1933 et 1936. Presque un siècle, donc. Si elle a traversé le temps et la frontière, c'est pour une raison très pratique : elle encaisse mieux que d'autres les coups de sec, ce qui, sur une parcelle familiale sans irrigation, n'est pas un détail de catalogue.

Bio et Fairtrade, les deux à la fois

Les lots de BOFA sont certifiés agriculture biologique et Fairtrade. Sur les documents, ça s'écrit parfois FTO, pour FairTrade & Organic : les deux ensemble, pas l'une ou l'autre.

Cumuler les deux n'a rien d'automatique. La première engage des pratiques agricoles et un contrôle annuel, la seconde un prix minimum et une prime versée au collectif. Pour une association d'un millier de petits producteurs, tenir les deux cahiers des charges représente un travail administratif considérable, très loin des parcelles.

Du fruit au grain vert

Les cerises mûres descendent à la station de lavage de Buginyanya. Elles y sont dépulpées, puis mises à fermenter dans l'eau pendant dix-huit heures, avant d'être lavées et séchées. C'est le traitement lavé, celui qui laisse le moins de place au fruit et le plus à l'origine : on goûte le terroir presque à nu.

Grains de café vert lavé du Bugisu, Ouganda, après séchage
Le grain vert, après dix-huit heures de fermentation, lavage et séchage.

Ce que ça donne dans la tasse

Un Bugisu AA, calibre le plus gros de la classification ougandaise, noté 82+ sur la note sur 100, avec très peu de défauts.

En tasse : thé noir, agrumes, cacao. C'est un café droit, sans excentricité, avec cette acidité d'agrume propre aux arabicas d'Afrique de l'Est et une finale cacaotée qui lui donne du corps. Il passe aussi bien en filtre qu'en espresso, et il supporte très bien le lait, ce qui n'est pas le cas de tous les cafés de cette famille.

C'est le genre de café qu'on garde à portée de main.

Suivre BOFA

L'association raconte son travail sur sa page Facebook, en photos, depuis Bufumbo.

Sources : Andytown Coffee Roasters (portrait de l'association et détail du traitement), National Organic Agricultural Movement of Uganda, Uganda Coffee Development Authority, World Coffee Research pour la variété SL14.

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