Les cafés fins ou le commerce équitable sous un autre jour

Dans un article du 20 août 2005, les associations Minga , Bio équitable, Breizh Ha Reizh dénoncent l’article 60 du « Projet de loi en faveur des petites et moyennes entreprises » (adopté le 13 juillet 2005) qui limite la définition du commerce équitable à « l’échange de biens et de services entre des pays développés et des producteurs désavantagés situés dans des pays en développement ».

En refusant l’examen des pratiques commerciales, le gouvernement enfermerait le commerce équitable dans une approche exclusivement tiers-mondiste et le réduirait ainsi à une niche commerciale qui ne fait en rien évoluer les rapports marchands. Il entérinerait un monopole privé de certification sans lui astreindre les contraintes légales d’un label. A ce jour, il n’est toujours pas question d’offrir un cadre législatif pour un label commerce équitable.

Rappelons qu’historiquement, c’est à la suite de la crise mondiale du café que le commerce équitable est né, promettant par le biais de certains organismes auto proclamés « seuls représentants du commerce équitable » de meilleurs revenus aux producteurs. Rien ni personne ne garantit en revanche que ces derniers rémunèrent mieux leurs ouvriers agricoles. Quid alors de la répartition réelle de ces revenus ‘ Il manque comme une dimension sociale pourtant chère au coeur des Français dans la promesse qui est faite là.

A l’origine de la crise qui secoue encore le café, un vieil axiome économique : la loi de l’offre et de la demande. C’est bien la surproduction de café qui a entraîné l’effondrement des cours. D’autres initiatives destinées à contre carrer la crise du café existent et méritent d’être encouragées puisqu’elles servent un intérêt commun : produire un café de meilleur qualité. Produire mieux induit une production moindre. La différence de cotation à la Bourse de New York entre le «café mainstream»(le tout va, mais 90% de la production mondiale) et le «café premium » permet d’imaginer de meilleurs auspices pour les producteurs prêts à s’investir dans la culture de cafés fins. Cultiver des cafés specialty (le haut du panier Premium) implique la mise en place et le respect d’un cahier des charges précis qui mêlent la garantie d’une culture bio sans pesticides, la cueillette des baies à maturité, une méthode et un temps de séchage’ à des préoccupations liées au développement durable, à la lutte contre la déforestation. Outre l’assurance pour les producteurs de cafés fins de meilleurs rendements financiers, la sensibilisation et l’apprentissage nécessaires à l’application rigoureuse des cahiers des charges permettent la qualification, la valorisation du travail et du savoir-faire des ouvriers agricoles et donc l’espoir de meilleurs salaires pour ces derniers.

Enfin, dernier avantage non négligeable : encourager la production de cafés fins pour juguler la crise que connait le café est une solution durable qui ne prétend pas lutter contre la mondialisation mais s’en accommoder. Elle ne fait pas appel non plus à la générosité des consommateurs mais à leur gourmandise’ y a comme quelque chose de plus sain là-dedans, non ?