Un championnat de café… quelle drôle d’idée !

Sasa Sestic lors des derniers Championnats du monde de barista à Dublin
Sasa Sestic lors des derniers Championnats du monde de barista à Dublin

Devenir champion de France de café donne droit à un rêve de conquête mondiale. Mais à quoi tout cela sert-il vraiment ? Que vient-on chercher lorsque l’on se présente à un championnat de barista ?

Cela pourrait commencer par une banderille plantée par Sasa Sestic. « La tasse de café parfaite n’existe pas, on ne peut que faire en sorte de l’améliorer ». Et ce barista australien, sacré champion du monde de la discipline en 2015, sait de quoi il parle.

Bien plus que le titre, la quête est beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît. Adrénaline, confiance en soi, envie de briller, ambiance ? Sur le divan, le barista pourrait confesser bien d’autres raisons, on ne saurait tirer la moindre conclusion sur les réelles motivations qui l’animent à se présenter à une compétition qu’elle soit nationale ou mondiale.

Quelle est donc cette quête qui mène certains, comme Sasa Sestic, au sommet de la hiérarchie d’une profession devenue, pour son élite, le show business du café ? Et ce, en à peine une petite décennie. Cette starisation du métier croit proportionnellement avec l’engouement qui entoure voire étouffe la question du Specialty Coffee (Café de Spécialité). Le World of Coffee, le salon qui abrite en général les Championnats du Monde de café, n’a cessé de progresser dans les grandes longueurs et largeurs. Chaque année, de plus en plus d’exposants viennent à la rencontre de visiteurs internationaux dont le nombre croit en permanence. Effet mécanique : l’exposition pour les compétitions de baristas n’en est que plus importante. Et jusque-là, nous n’avons toujours pas parlé de café. Pourtant, il est la vraie raison (le très bon prétexte) à vouloir se mettre en danger publiquement.

Tasse parfaite ? Chimère !

Un scène de championnats de barista rejoint l’ambiance d’une salle de baskets ou de handball. Les encouragements fusent et finissent par gommer les gestes parasites des compétiteurs morts de trac. Toute une préparation qui a duré des mois, tout un discours qu’il a fallu répéter des dizaines de fois par jour afin de le maîtriser. La fluidité des explications vaut beaucoup dans la note attribuée. Car les juges en voient des cafés de toutes origines et préparées avec autant d’originalités qu’il existe de candidats. Il y n’y a rien de pires qu’un café ne correspondant pas à l’annonce qui en a été faite par le compétiteur. Et c’est là, lors de ce fatidique juge de paix, que le barista espère prouver qu’il a extrait la tasse de café parfaite. Et non ! reprendrait Sasa Sestic. Surprendre les juges sensoriels et les convaincre d’avoir réalisé un excellent travail ne garantit pas… la perfection. Tasse parfaite ? Chimère ! Et c’est peut-être cet inaccessible but qui fait autant le succès des championnats de barista. En compensation, il aura progressé en se concentrant sur sa routine. Il se sera appliqué à tenir un environnement de travail impeccable. Il aura fait goûter ses cafés aux juges et à son entourage. Il aura fait des rencontres qui vont changer sa vision du métier. Il aura dégusté des cafés comme jamais il a eu l’occasion d’en avoir de tel dans sa tasse. Il aura testé du matériel et des accessoires. En résumé, il aura grandi.

C’est ce qui est arrivé à Sasa Sestic en devenant à Seattle, le meilleur barista de la planète. Essayant, tout simplement, d’améliorer la qualité du café qu’il a servi à ses juges ce jour-là !